Antiquités et brocantes : lumière sur la faïence
Publié le 30 avril 2009
Vous sillonnez un vide-grenier dominical, votre sac à « puces » sur l'épaule, à la recherche d'un bel objet. Et là, entre les cartons de livres et les bibelots, vous l'apercevez ! C'est un plat, une cruche ou peut-être une collection d'assiettes, « en faïence » vous certifie le vendeur. Avant de vous lancez dans d'âpres négociations, suivez les conseils avisés de Jean Rosen, chercheur céramologue au CNRS.
Comment différencier la faïence du grès ou de la porcelaine ?
Il s’agit dans tous les cas de céramiques : un objet fabriqué en argile et chauffé à un minimum de 600°C. Ce qui différencie ensuite la faïence, du grès ou de la porcelaine, c’est le type d’argile utilisé et la chaleur de la cuisson. « La faïence est une terre cuite recouverte d’une glaçure d’oxyde d’étain - qui lui donne cet aspect opacifié, blanc et brillant - chauffée entre 950°C et 1000°C, souligne le chercheur. A la différence du grès, par exemple, conçu à l’aide d’une pâte d’argile non calcaire chauffée à 1300°C.»Où est née la faïence ?
« C’est une invention arabe qui remonte au VIIIe siècle, précise Jean Rosen. Elle a connu par la suite une grande circulation à travers toute l’Europe pour atteindre Marseille au début du XIIe siècle, et connaître un regain d’intérêt au XVIe siècle. Il est intéressant de constater que, dès ses origines, la faïence se caractérise par un phénomène "d’emprunt", en puisant l’inspiration de ses motifs auprès d’autres arts décoratifs comme la gravure. En cela, elle répond à des impératifs économiques : on fabrique ce qui est à la mode. » Et le phénomène ne s’arrête pas là, les manufactures n’ayant de cesse de s’inspirer mutuellement les unes des autres pour forger leur propre style… ou passer maîtresses dans l’art de l’imitation.![]() |
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| Epi de faîtage de 1816, Nevers | Statuette vierge XIXe s., Nevers |
De l’emprunt à la copie
« Au milieu du XIXe siècle, ajoute-t-il, les anciennes manufactures ont disparu, mais la faïence suscite l’intérêt et s’expose dans de nombreuses collections, des ventes aux enchères, des musées. C’est la mode des maisons de campagnes avec leur vaisselier, des murs ornés d’assiettes… et les reproductions se multiplient pour faire face à la demande. » De cette pratique répandue naissent les « reprises », des modèles connus - ex. rat au parapluie, cartes à jouer… - fabriqués quasi à l’identique par une autre faïencerie que celle d’origine. C’est alors son marquage (signature et points de cuisson) qui permet de différencier la pièce authentique de sa copie ancienne, à condition, bien sûr, qu’il soit présent et n’imite pas à s’y méprendre une signature authentique…Le vrai du faux (et inversement)
Rouen, Nevers, La Rochelle, Moustiers, Strasbourg... toutes les grandes faïenceries ont été imitées, mais il y a faux et faux. Si les « reprises » sont effectivement considérées comme des copies, certaines faïenceries réutilisent aujourd’hui des moulages anciens, dont elles ont créé le modèle. Le résultat : des objets aux finitions anciennes mais avec des motifs remis au goût du jour, qu’on qualifiera de productions récentes et non d’imitations.Et puis, il y a les contrefaçons récentes, made in France, Italie ou Chine, dont le tracé des décors sera moins fluide que la création originale, les finitions, plus grossières. Ces copies peuvent également être vieillies artificiellement (ex. assiettes frottées sur du ciment ou limées) pour faire plus authentique. A défaut d’avoir un œil expert, prenez le temps de la réflexion : ce pichet en barbotine aurait été utilisé pendant des générations pour vous arriver, un siècle plus tard, en parfait état ? Miracle ou imposture, à vous de voir.
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| Applique « bras de lumière » XVIIe s., Nevers | Lanterne portative fin XVIIIe s., Quimper |
Vous en demandez combien ?
On collectionne la faïence pour la beauté de ses motifs, la finesse de ces pièces, l’aspect très décoratif de certaines créations spectaculaires qui répondent aujourd’hui à la vogue de la « haute curiosité », le témoignage historique qu’elle représente, les souvenirs d’enfance qu’elle évoque… Quelles que soient vos motivations, Jean Rosen suggère, pour commencer, de vous attacher à un motif et de repérer ses évolutions dans le temps. L’oiseau, par exemple, est l’un des décors récurrents de la faïencerie de Moustiers, les papillons et libellules sont, quant à eux, emblématiques de Saint-Omer. L’état de conservation, l’originalité du décor, la rareté de la pièce sont autant de critères pour définir la valeur d’un objet.Je le prends ou pas ?
Paraphrasant Lino Ventura dans le film « Bonne année », Jean Rosen résume le dilemme en une phrase : sur une brocante, on fait comme dans la vie, on prend des risques. « Ma première paye d’agrégé d’anglais est passée dans l’achat d’une pièce qui s’est finalement révélée cassée, réparée et fausse ! Mais, ce jour-là, j’ai appris beaucoup plus que ce que j’ai payé. Je crois qu’on ne s’imprègne jamais assez des choses qu’on aime. Il faut du temps, de l’intérêt, ça représente un réel investissement, et c’est une longue fréquentation des objets authentiques qui permet de les connaître. »Et les occasions ne manquent pas de mêler l’utile à l’agréable à travers les livres - au contenu d’autant plus pertinent que leur tirage sera confidentiel -, les catalogues d’enchères, les associations spécialisées, les expositions… Faire une escale au musée Henri Barré de Thouars, c’est s’offrir un cours particulier à travers une collection de céramiques issue des plus prestigieuses faïenceries françaises et étrangères. Bonne visite, et bonne brocante !
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| Gourde forme bouteille XVIIIe s., Paris | Chandelier à la financière XVIIIe s., Rouen |
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En savoir plus
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Elsa BURETTE
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