Le métal brûlant de Mahmoud Akram

Publié le 05/12/2008 - Imprimé le 20/09/2019

Le métal brûlant de Mahmoud Akram

Il est né en Afghanistan et est arrivé en France adolescent. Après dix ans passés dans le monde de la mode à concevoir des vêtements et des bijoux de luxe en métal, il s'est lancé dans le design de meubles. Ses lustres et lampes élégants, ses meubles pour enfants – pour la plupart ludiques et modulables – séduisent autant qu'ils fascinent. Rencontre.


Né en Afghanistan, Mahmoud Akram arrive en France à l'adolescence, en 1975. "Je suis un extrême privilégié puisque je n'ai rien connu de l'occupation, sauf par correspondance. Mes parents ont été nommés diplomates à Paris et même si mentalement il y a toute l'horreur qui est arrivée après, je ne l'ai pas vécue sur place. J'ai été épargné...", analyse-t-il avec le recul.
A Paris il découvre l'art classique au Louvre, avant les modernes. Alors que son père le destine à des études d'économies, il suit de son gré des cours particuliers de peinture. Puis, lâche définitivement l'économie pour les Beaux-Arts. Voyant que la peinture n'est pas ce qui lui réussit le mieux, il s'inscrit en école d'architecture. Ce sera l'UP1, l'Unité Pédagogique partagée entre Villemin (Gare de l'Est) et les Beaux-Arts.

C'est là, en école d'archi, que les premières rencontres aboutissent aux premières réalisations. Dans la mode d'abord. Des amis l'invitent à participer à la création d'une ligne de vêtements. Du prêt-à-porter pour femme. "On a commencé à faire des vêtements en achetant des patrons au Marché Saint-Pierre pour voir comment ça marchait. C'était très typé, très marqué fin des années 80, début des années 90. Avec autant l'influence des Japonais que de Claude Montana, dans le structuralisme à fond la caisse", se souvient-il.
Ces collections aux lignes simples et classiques trouvent un certain succès mais l'aventure avorte avec la première Guerre du Golf, et le départ des investisseurs iraniens. Qu'importe, Akram rebondit et trouve vite un nouveau dada. Nouvelle étape : la création de bijoux et d'accessoires pour les défilés de haute-couture. Il se démarque vite par sa technique de la découpe chimique pour ses pièces en métal. Et fait la rencontre de Claude Montana, début d'une aventure de dix ans avec le milieu de la mode.

Mettre la main à la pâte, connaître la matière...

De la mode au design il n'y a qu'un pas, vous dira Mahmoud Akram. "Passer des vêtements aux bijoux, c'était dans la continuité, c'est le même univers. Quand vous dessinez un meuble ou un vêtement, c'est exactement la même chose. Ce sont des jeux de volume, de construction, de pliage, de matière...". Créer un patron, inventer les formes et les découper : le même processus conduit à la naissance d'un meuble désigné par Mahmoud Akram. Avec à chaque fois le besoin de tout tester lui-même. "Il faut savoir comment fonctionne la matière. Je ne fais pas de stylisme. Que ce soit le métal, le tissu ou autre, je fais toujours le premier pour savoir si ça peut marcher, jusqu'où je peux aller".